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Le Brexit n'épargnera personne

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Comme il s'y est engagé, David Cameron a convoqué les habitants du Royaume-Uni pour un référendum sur le maintien ou pas de leur nation au sein de l'Union Européenne. Ce scrutin, qui a eu lieu le 23 juin, s'est soldé par une victoire (52%) des partisans du "leave" qui souhaitent donc couper les ponts avec Bruxelles, face à ceux du "remain" qui estiment que les accomodements obtenus par David Cameron avec le président du Conseil européen permettent d'envisager une prolongation du maintien de la Grande-Bretagne dans la plus grande zone mondiale de libre-échange.
Jusqu'au dernier moment, le scrutin est resté très disputé. D'abord parce que pour une bonne part, il s'agit d'un règlement de comptes entre membres du parti conservateur. Ensuite parce que cela dépendait beaucoup de facteurs sociétaux et notamment du règlement ou pas de la question des réfugiés qui était considérée par les Britanniques comme primordiale dans ce débat. Enfin parce qu'au cours des semaines de campagnes, de nombreuses études d'impacts ont été publiées, toutes dramatiques pour l'économie britannique, risquant de faire évoluer la volonté ou pas de nos voisins de reprendre leur indépendance.
Justement en termes de conséquences économiques, l'effet du Brexit est très différent selon que l'on situe d'un côté ou l'autre de la Manche. Le Trésor britannique a publié il y a quelques semaines, un document de 200 pages qui chiffre les conséquences économiques du Brexit. Il apparaît dans le scénario central, que la richesse du Royaume-Uni va se trouver diminuée de 6,2% en 2030, amputant les revenus de chaque ménage de 5.400 euros. Dans le pire des cas, la perte irait jusqu'à 7,5%. Dans la plus favorable des hypothèses, la chute ne serai que de 3,8%. A la condition que Londres parvienne, après sa sortie, à négocier avec Bruxelles des accords commerciaux similaires à ceux dont bénéficie aujourd'hui la Norvège.
La plupart des experts économiques voient les choses se passer ainsi : le secteur des services financiers britanniques serait le premier touché, puisque le marché unique représente 40% de ses exportations ; la remise en cause de leur "passeport" d'accès mènerait notamment à de nombreuses relocalisations en Europe, au détriment de la City ; le ralentissement de l'activité s'accompagnerait donc très vite d'un "credit Crunch", c'est-à-dire de difficultés de financement pour les ménages et les entreprises. Ce qui amène certains économistes à anticiper une baisse de la croissance britannique à 0,5% en 2017. Le taux de change, déjà sous pression, pourrait quant à lui perdre 15% contre le dollar (à 1,20) et 6% contre l'euro (à 0,85). Ce qui pousserait mécaniquement l'inflation à 1% en 2016, puis 2% en 2017.

Pour l'Union européenne et notamment pour la France, cela pourrait se traduire par un double choc. D'abord, un choc de confiance qui ferait tomber son inflation de 0,1 point en 2016 et 2017, tandis que sa croissance perdrait successivement entre 0,3 et 0,1 point. Mais elle souffrira surtout d'un choc de crédibilité auprès des investisseurs : sans le Royaume-Uni, l'Union Européenne sera forcément moins influente au niveau international, moins libérale économiquement, et moins regardante sur son budget. Dans un tel contexte, l'impact sera inégal mais sévère sur le marché des actions. Les banques britanniques seront les premières touchées, notamment les plus présentes sur les activités de détail et le secteur immobilier (RBS, Lloyds, Barclays,...), actuellement en pleine bulle spéculative. Mais l'ensemble des investisseurs anticipent également une baisse d'au moins 6% des marchés actions européens, avec un choc à mi-chemin entre la crise de la zone euro de 2011 et la crise grecque de 2015.
Ceux qui pensent donc que le Brexit n'aura de conséquence que pour les britanniques se trompent. C'est un mouvement qui va affecter l'ensemble des économies européennes et notamment la France (sans compter l'impact négatif des nombreux attentats que subit le pays). A l'heure actuelle, plus de 45% des exportations britanniques sont à destination de l'Union européenne et le Royaume-Uni représente 15% de la richesse de l'Europe. Il est donc incontestable que le Brexit demandera des ajustements importants des deux côtés de la Manche au moment du choc dans la mesure où il engendrera une diminution des relations commerciales à cause de la rupture des accords facilitant les échanges, une dépréciation de la Livre Sterling, du fait de la sortie de capitaux du pays, une hausse de l'inflation au Royaume-Uni, une chute des valeurs boursières à cause de l'incertitude, une augmentation du coût du transport aérien et bien sûr une appréciation de l'euro qui sera très défavorable à nos exportations.
Bien sûr la mise en pratique du Brexit va prendre plusieurs mois, mais chacun devrait se retrouver perdant. Comme dans "Les Animaux malade de la peste" de La Fontaine si "tous ne meurent pas, tous seront touchés".
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